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Projet artistique
Edito de la saison 2010-2011
Equipe de La Scène Watteau
Partenaires de La Scène Watteau


Edito de la saison 2010-2011


De l’avantage du jardin anglais ou comment se désorienter dans la pensée Je fouille, je tourne le programme dans tous les sens : point de « thématique » (joli mot), point de « problématique » (mot vilain), aucune « orientation significative de la programmation » qui se dégagerait clairement. Seul un bouquet de jolis spectacles dépareillés, tous singuliers. Aucun ne se prêtant de son plein gré au régime sec du résumé, tous renâclant à la réduction wikipédienne (mot nouveau !). Mais alors, comment structurer mon édito ? Où est la ligne ? Car il est dit qu’il nous faut une ligne à nous autres pêcheurs. C’est même la raison d’être de ma fonction. En ne ménageant pas mes méninges je pourrais bien dégager a posteriori cinq ou six «orientations» : jeune public, spectacles internationaux, musicaux, transversaux, textes classiques, textes contemporains. Mais cinq ou six orientations cela fait-il une ligne ? Cela ne fait-il pas plutôt une sorte d’étoile, un pentacle ou un hexacle ? (Pardon !) Et puis, s’oriente-t-on «a posteriori» ? Et de quel Orient, de quelle étoile parle-t-on ? Je sais bien qu’en leur temps les Rois mages suivirent la leur jusqu’à bon port, même si ce port était paraît-il, une étable. Je m’égare ?

Au supermarché, les articles sont rangés en rayons, classés en termes génériques, de part et d’autre d’une allée centrale, parfois étagés dans l’ordre croissant ou décroissant de leur prix : le moins cher tout en bas afin de faire ployer le pauvre qui a bien l’habitude de ployer, le pauvre ! Cet ordonnancement me permet de trouver sans peine la mousse à raser... Mais fichtre ! Qu’a-t-on besoin ici de classification et je voudrais bien savoir si le désir secret de tout spectateur n’est pas justement d’être agréablement désorienté et que, pensant trouver les Indes, il découvre à son tour l’Amérique. Le contre-pied du jadis sémillant Didier Six, la surprise du chef, cette chose que nous n’attendions pas, cet exotisme qui sera peut-être notre nouvel Orient. Alors, mieux qu’un jardin à la française, destiné à l’oeil fatigué du monarque, que notre Théâtre soit un jardin anglais, encore sauvage dans son désordre joli, ses surprises au détour du buisson, ses herbes mauvaises peut-être, mais libres.

Nicolas Liautard
Conseiller en jardinerie


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